Guy-Claude Mouny
(suite)

 

 

 

 

 

 

 Portrait de Guy-Claude Mouny.  Je sais qu'il attachait la plus grande importance à l'Amour, qui était pour lui la valeur suprême de l'être humain. On peut remarquer dans ses livres une propension à citer de multiples sources, citations et remarques d'autrui. C'était l'intelligence de celui qui sait qu'on est plus fort à plusieurs que tout seul ; il déplorait d'ailleurs que ses propres découvertes ne génèrent pas plus d'entrain chez ses confrères. C'était aussi un élan du cœur qui le poussait à accorder à chacun une marque d'estime sincère, un encouragement.

 

Je lui au prêté de multiples livres qu'il ne gardait pas plus de quelques jours, pour s'en faire une idée suffisante. Bien souvent, les ouvrages prêtés se retrouvaient dans l'un de ses livres avec un mot de commentaires. J'avais beaucoup aimé le bouquin de David Childress, « La technologie des dieux, avons-nous dépassé la science des Anciens ? » Je le prêtai à Guy ; il le déposa chez moi en retour avec la note suivante : « Formidable. Mais… Quel dommage qu'il veuille faire un numéro en solo. Il n'exploite pas les pistes lancées par Gruais et moi, ou poursuivies par moi, ou d'autres encore. Il reste en cul-de-sac sur des choses pourtant bien remarquées et isolées par lui. »

 

       Sur son bureau, il y avait diverses médailles négligemment étalées sur le bord. Il avait récolté tout au long de ses différentes carrières une floppée de distinction honorifiques : Médailles de la ville de Paris, de Reims, Médaille de Vermeil Arts Science et Lettres, j'en passe et des meilleures… Un jour, il me dit qu'il serait absent le lendemain car il allait au Sénat remettre une médaille. Je conserve dans mes archives le carton d'invitation d'une soirée mentionnant que « le Colonel ORSEM Guy-Claude Mouny remettra les insignes de Commandeur de l'Ordre National du Mérite à Monsieur… » J'ai une photo de cette réunion, qui m'a été offerte par Guy ; elle est typique du personnage, puisque, si les autres ont l'air un peu coincés, lui est rayonnant et très à l'aise, comme toujours. Il possédait de grandes facilités de communication, une aisance naturelle à se mouvoir dans la société.

 

       Au fil de ses livres, il poursuivait un questionnement universel, cherchant finalement la grande réponse, le sens de nos vies sur la terre. Il n'adhérait à aucune croyance ou système préconçu ; le « repas complet » des diverses écoles ne l'intéressait pas. Il reprenait les investigations à zéro, en homme libre, prudent et ouvert, (peut-être un peu trop confiant en lui-même ?).

 

Mais attention, le Mouny-écrivain se cache plus souvent qu'à son tour entre les lignes de l'apparence ! Il ne fallait pas attendre de lui une transparence complète ! Ce que j'écris là n'engage évidemment que moi, c'est une forte impression que j'avais, après des années de fréquentation assidue du colonel. J'en veux pour preuve la traditionnelle définition initiatique concernant les Mages du passé, qu'il reprenait souvent à son compte: « Cacher sans cacher, dire sans dire, montrer sans montrer. »

 

       Curieux de tout, il a intégré à sa quête un grand nombre de sujets secondaires : la géométrie, le Nombre d'Or, la pyramide de Cuicuilco, les ovnis, les crop-circles, les nombres,  les Templiers, l'Etoile de David, la chiralité, le Ankh, la téléportation, les Intelligences de l'espace, Roswell, les engins de l'espace, la Bible, le Vivant, la sexualité, la radiesthésie… Il reprend tous ces thèmes dans « Les Mystères du temps », tome 1, aux éditions Trois Spirales. Le texte de 4ème de couverture présente ce livre comme un « bavardage qui dépoussière l'Histoire et résume avec une grande pertinence le fruit de vingt années d'expérience… »

 

  Le tout premier livre de « Guy Mouny le chercheur » était une brochure sur la croix ansée égyptienne, le Ankh. Il en avait assuré lui-même la diffusion, probablement restreinte et, plus tard, il se référa souvent à cette œuvre préalable. Il y voyait fièrement la quintessence des thèmes et idées qu'il exploitera les années suivantes. A noter que c'est à moi qu'il offrit le dernier exemplaire en sa possession, quitte à se désoler par la suite de ne pas y avoir accès !

 

       Ses premiers vrais livres furent donc le fruit d'une collaboration avec Guy Gruais. Il y eut : « Le grand Secret des pyramides de Guizeh », « Le grand Secret du Sphinx de Guizeh », « Guiseh, au-delà des grands secrets » et enfin « Le grand Secret du signe de vie ». Ces livres offraient un équilibre que je trouvais idéal entre les apports formels et précis, ce qu'on pourrait appeler les révélations, et le recadrage conceptuel, la profondeur de la pensée. Leurs multiples conférences bénéficiaient de cette collaboration, entre Mouny-le-dynamique parlant vite en agitant les bras, et Gruais le calme qui projetait sans émotion des schémas implacables.

J'étais allé à la rencontre de Guy Gruais sur son fief à Paris. A travers certains livres qu'il avait achetés, et que je m'étais procuré de mon côté, nous nous sommes découverts un goût commun pour la spiritualité. Il fabriquait de remarquables bijoux à la mode de l'Egypte ancienne. Guy m'expliqua comment il passait ses nuits à genou sur les plans du plateau de Guizeh, à la recherche de nouveaux raccords géométriques. Il travaillait avec efficacité à apporter au "tandem" des éléments précis et forts.


 Après la rupture, loin d'être ébranlé par la "trahison" de son compagnon, Mouny continua seul son travail de recherche et d'écriture. Il se retrouva d'abord avec le manuscrit de « Rennes-le-Château, un autre regard sur l'énigme » sur les bras. Il l'avait rédigé à la première personne du pluriel : il l'adapta à la première personne du singulier. Dorénavant, avec le nom d'auteur complet de Guy-Claude Mouny, ses livres allaient prendre une tournure différente, plus axée sur la collecte d'informations et la recherche philosophique, en l'absence de grosses découvertes étayées. Comme il me l'a écrit : « … la partie géométrique était terminée et je m'attaquais à la suite, philosophique et prospective ».

Livre de Guy Mouny. Image de "L'Ankh", livre de Guy-Claude Mouny.

       Il prépara une réédition du « Grand Secret du signe de vie », le refondant, avec une mise à jour ; la première page témoigne bien de l'approche Mouny : « Ce livre est le témoignage de la volonté de l'Homme à remonter à ses sources et à se projeter dans son avenir… »  Plus loin, il précise qu'il a été obligé de «reprendre seul la réédition et la projection des événements, d'autant plus que ceux-ci vont très vite, afin que les Hommes ne soient pas privés de la Connaissance et s'en servent pour aller encore plus loin. » Il voulait modifier l'intitulé de ce livre qui n'était plus tout à fait le même ; il était sûr du titre « L'Ankh » mais était en recherche d'un sous-titre adéquat. Il me demanda mon avis et je proposai «L'incroyable technologie cachée des Egyptiens ». Cela lui plut et après moult attentes en recherche d'un éditeur, « L'Ankh, l'incroyable technologie cachée des Egyptiens » sortit en 2002 aux éditions « Les 3 spirales ».

 

       Le sujet principal de ce livre est de voir en certains hiéroglyphes des éléments de la chaîne électromagnétique. Il apparaît que d'énigmatiques dessins ou assemblages s'expliquent en tant que représentation codifiée de machines. Les Pharaons étaient dépositaires d'une technologie dont ils ne savaient probablement pas se servir, mais dont ils conservaient la connaissance, apparentée à de la magie.

 

       Mouny continuait les conférences avec la même énergie et la même envie qu'auparavant, sans aucune projection d'image. Sans exagération, il était un orateur-né, captivant facilement les gens à qui il s'adressait. C'était dû à sa large expérience de la vie et à un sens inné de la communication.  Lors des assemblées du « Groupe Sentinel », ou lors des séances de dédicaces de livres, j'ai toujours vu un groupe se former autour de lui, pour l'écouter.

 

Un jour, il me dit qu'il était invité à une soirée de je ne sais plus quelle grande école, avec la présence de tous les étudiants. On lui avait demandé de faire un discours et cela ne lui posait pas le moindre problème d'adaptation. Dans le même registre, il était passé dans une émission de la radio RCF, la radio chrétienne, aucunement gêné par le contexte, au départ pas très proche de ses idées. Il donnait des conférences dans les clubs services du genre Kiwanis, Lions Club ou Rotary, devant des personnes non familiarisées avec ses idées peu conventionnelles.

 

       Il fut invité à la radio « Ici et Maintenant », d'abord dans l'émission de Jean-Claude Carton: "Plus près des étoiles". Il y revint 3 autres fois. Il passa aussi dans l'émission de Didier De Plaige, « La vague d'ovnis ». La revue « Top Secret », qui annonçait régulièrement le nom des invités et proposait à ses lecteurs le « Top 10 » des meilleurs enregistrements, établit celle avec Mouny à la première place. Avec Carton, il décrocha d'ailleurs le score de la meilleure audience. Il revenait toujours très enthousiasmé de ses prestations radiophoniques ; une fois il me dit : « Hier soir, mon émission a fait 70 000 connexions Internet ! Les gens n'arrêtaient pas d'appeler pour poser des questions en direct. Mais il faut reconnaître que c'est fatiguant, il faut tenir… » Sa voix posée et métallique passait très bien à l'antenne. C'était 4 heures à chaque fois, d'abord une interview menée par l'animateur, puis un dialogue avec les auditeurs, qui téléphonaient à la station. La prise de contact avec Jean-Claude Carton était bonne et cela permit à Guy de pouvoir passer son message comme il le voulait.

 

Le lendemain de sa première participation, il me téléphona pour m'en parler et me dire qu'il était prêt à me parrainer pour que je me propose en invité. Il fallut des mois de maturation hésitante au timide que j'étais pour se jeter à l'eau ; Carton m'accueillit tout de suite à bras ouverts et je me retrouvai quinze jours après dans le studio, suite au désistement impromptu d'un invité.

 

             

 

 

 

Une page du livre « Rennes-le-Château, un autre regard sur l'énigme ». Devinez qui est François Fennyx ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Notre relation était faite de longues séances de discussion. J'aimais beaucoup sa compagnie car Guy, que je vouvoyais et appelais « Monsieur Mouny » me donnait une belle image de ce que peut être un homme épanoui. J'avais perdu mon père quelques années avant et je trouvai en Guy le modèle qui me manquait, d'autant plus que j'avais toujours eu un problème relationnel avec mon « vrai » père.

 

       Je lui téléphonais pour lui parler d'une découverte que j'avais faite, ou d'un livre que j'avais lu, ou simplement pour lui poser des questions, parfois pour me remonter le moral. Il avait toujours la joie de vivre, la bonne humeur communicative, et nous partagions le même type de passion. A chaque fois, il m'attendait assis à son bureau et sa femme m'accompagnait jusque là. Il fumait de petits cigares et l'atmosphère en était étouffante au point où je demandais l'ouverture de la fenêtre. Il m'invitait à m'asseoir et l'entretien était prévu pour ne durer qu'une petite demi-heure ; mais la passion nous emportait et nous argumentions en oubliant complètement le temps qui passait. Les premières années, je cherchais à décrypter cet homme dont l'aspect énigmatique m'interpellait. Je me heurtais d'ailleurs à une sorte de mur du silence, brouillard constellé de digressions, extrapolations inutiles et filoutage de bon ton. Je m'aperçus que sur certains points, Monsieur Mouny me baladait allègrement, essayant probablement de m'égarer loin de choses que je ne devais pas connaître. Ou peut-être ne pouvait-il pas les dire…

  

       Guy-Claude Mouny était un homme d'une grande rigueur morale et jamais il n'aurait affabulé pour rendre ses livres plus populaires. J'avais besoin de ressentir cette qualité venant de lui et jamais il ne me déçut sur ce point. Il était par ailleurs un conseiller sûr et avisé, par le fait qu'il avait une expérience complète de la société. J'entends encore un éditeur que j'avais eu au téléphone me dire : « Mouny, il a tout compris » ! Et il ne s'était pas cogné comme moi à d'interminables problèmes sans fin : il avait réussi ! Sans doute avais-je tendance à l'idéaliser quelque peu et quand il m'écrivit « La vie est quand même dure, malgré les quelques oasis qu'on y trouve », je fus surpris. J'avais presque oublié que cet homme si charismatique, lui  aussi, pouvait souffrir…

 

       On se croisait assez souvent à la bibliothèque Carnégie de Reims et dans une certaine boutique de photocopie. A chaque fois, c'était des instants très vivants et pleins d'une saine émulation. C'était l'eau de la Vie qui nous animait, de beaux souvenirs…

 guy gruais et guy mouny.

       Il écrivait beaucoup à ses différents interlocuteurs et j'ai dû recevoir quelques centaines de lettres de sa main. Comme d'habitude, c'était une marque d'amitié, de profond respect et aussi une façon de préciser sa pensée, d'éviter les malentendus. Ses lettres étaient souvent longues, et, ce qui m'étonnait, sans la moindre rature ! Comment oublierai-je cette odeur de fumée de cigare qui imprégnait chaque missive ? Au fil du temps, j'ai conservé les courriers mais l'odeur s'est envolée, peut-être en même temps que leur auteur… Sur notre terre, tout finit par disparaître en fumée, se dissipant dans le ciel de l'Invisible.

 

Souvent, le lendemain d'une de nos discussions, il me postait une lettre dans laquelle il précisait et souvent confirmait ses points de vue. J'ai sous les yeux un de ses courriers commençant par : « Mon Cher Didier, je repense à notre conversation. Une fois encore, je ne vois rien à changer à ce que je vous ai dit. » On aurait peut-être pu lui reprocher de se poser en apôtre de l'ouverture intellectuelle, et pourtant d'avoir des positions bien arrêtées. Sa structure psychologique et intellectuelle était très forte ; il savait ce qu'il voulait, il savait comment et il ne se laissait pas déboulonner par le premier argument venu. Il aimait me donner des conseils, sous le prétexte de son âge plus avancé, bien que je n'étais le plus souvent pas disposé à en tenir compte ! « Je peux aussi faire référence d'une certaine expérience, et du bénéfice de l'âge. Ce n'est pas une preuve absolue de compétence, mais une présomption que les cheveux blancs (ou l'absence de cheveux) témoigne de pas mal d'expériences ». Parfois, aussi, il n'osait plus conseiller ! « Je n'aborderai pas les sujets qui vous défrisent pour ne pas altérer nos relations. Mais, c'est votre problème. » Alors que je compulse ma vieille pile de courriers, j'éclate de rire à la relecture de certains passages : "D'abord je vous aime bien, ce qui m'impose certaines obligations à votre égard pour vous aider, d'autant plus que vous n'êtes pas un sujet facile... Votre caractère s'accomode mal avec ce genre de recherches, la preuve en est que vous avez oublié votre plan... Merci de votre lettre et merci surtout de ne pas persévérer dans votre hargne... dans la vie, il faut privilégier le calme et le temps, c'est pourquoi il faut me laisser souffler".
 

       Par rapport au jeune homme bouillonnant que j'étais, il me faisait penser à une sorte de Bouddha, sans émotion négative et d'une constance remarquable. Il travaillait  à son œuvre méthodiquement, « sans état d'âme » comme l'a dit Raymond Terrasse ; il n'attendait pas la reconnaissance du public.

 

Quand il partait en famille dans son chalet de montagne, il rassurait ses correspondants : « En cas d'urgence, vous pouvez me téléphoner, je transfère la ligne… Je reste attentif, vous me connaissez, je dors tout habillé ! » Avec Guy Mouny, on ressentait que le monde pouvait changer ; la cause des Révélations à venir avait son héraut, son champion. Il n'aurait pas été surpris qu'on retrouve le lendemain l'Arche d'Alliance ou le dépôt des Atlantes : il y croyait et ses divers correspondants le ressentaient. Cette énergie communicative n'est plus là et c'est  la raison pour laquelle, depuis le 14 Juillet 2007, je suis longtemps resté atterré et orphelin.

 

A quelques reprises, il nous est arrivé de nous fâcher, surtout moi ! Il est arrivé que je ne le comprenne pas, qu'il m'excède de par ses arguments ou que mes émotions me poussent à la révolte. J'étais jeune et mon adolescence qui se prolongeait provoquait en moi des indignations face à un monde choquant. Il m'est arrivé de penser prendre ma voiture pour aller casser la figure à un éditeur dont l'honnêteté ne paraissait pas évidente ! Je repense à cela en ayant sous les yeux un certain courrier de Guy : « Enfin (à nouveau), petite remarque incontournable. A quoi bon s'emporter contre des gens décevants. Il y a toujours 90°/° de chances (ou de risques) que ce soit le cas. Ça fait perdre du temps tellement utile ailleurs. Je crois que ma position en la matière est une forme de sagesse. » 

 

Nous avons assez souvent parlé de Dieu, en lequel il se gardait bien de croire ; par prudence, il se gardait bien de ne pas y croire ! Il estimait que Dieu était une hypothèse, ni plus, ni moins, mais que tant qu'il ne l'aurait pas vu, il n'y croirait pas. Comme la Bible affirme que personne ne peut voir Dieu et survivre, on peut dire humoristiquement qu'il n'était pas au bout de ses peines !  Il m'écrivit : « Dieu, les Anges, les Engins, etc. tout est envisageable. Mais tout ! Foncer vers une voie en rejetant les autres, ça peut être tomber éventuellement dans le piège, si piège il y a d'ailleurs. C'est peut-être beaucoup plus simple. Mais pour cela il faut rester disponible. Ne pas entrer dans une hypothèse que, par simple humilité, on ne peut retenir comme formelle. Ça équivaudrait à entrer en religion, ou en syndicat ou encore en politique… Tant que Dieu n'apparaît pas dans le jardin comme il le fit si souvent dans l'Ancien Testament, il ne peut être considéré que comme une voie, parmi d'autres. Pareil pour les Anges… Pour les Engins, c'est plus nuancé. Le nombre ne m'influence pas. 40 millions d'individus idolâtrèrent Hitler. 1 million de personnes acclamaient Pétain à Paris ; les jours suivants, le même million acclamait De Gaulle. »  

 

Je relis une lettre contenant cet énigmatique extrait : «  Disons bien que cette puissance d'ailleurs saura bien se manifester sans équivoque le moment venu. C'est peut-être plus proche qu'on ne le penserait car des tas de facteurs vont en ce sens. Evidemment, vous et moi, comme d'autres d'ailleurs, avons des chances d'être sélectionnés. Encore faut-il, pour ne pas être surpris, et être considérés comme prêts, s'attendre à tout. Si nous voulons nous bloquer dans des schémas tout faits, nous risquons, le cas échéant, d'être trop surpris… et pas être retenus du coup dans la sélection. » Ne me demandez pas ce que cela veut dire, je n'en sais rien! Guy avait l'art de faire passer des messages où le second degré pouvait être compris de différentes façons, de l'humour à l'effroi.

 

       En fait, il n'a jamais rien apporté à mes découvertes sur la Renaissance ; il en était le spectateur intrigué. Il me reprochait de fonctionner en « question fermée » au lieu d'adopter sa chère méthode en « question ouverte ». C'est-à-dire que j'estimais avoir suffisamment d'indices et de preuves pour asséner mes évidentes conclusions aux lecteurs. C'était un sacrilège pour Guy qui n'avait jamais assez de preuves, et se gardait constamment de toute conclusion affirmée. « …je me méfie toujours des certitudes. Ce sont les gens trop convaincus qui occultent les voies. Nos pauvres petits cerveaux ne sont peut-être pas prêts à aborder les réalités. Celles-ci sont probablement bien loin de notre capacité de compréhension, face à l'enjeu sans doute énorme. »

 

       Que de prises de bec amicales avec ça ! Je me suis souvent défendu contre cette intrusion illégitime dans mon système de pensée ! J'ai fini par comprendre que nos deux méthodes étaient justifiées et complémentaires. Guy s'adressait à l'homme de la rue et l'amenait à suivre le fil de sa pensée, pour l'intéresser à des sujets novateurs ; dans cet axe, peu lui importait d'avoir des monceaux de preuves à produire. Il laissait entrevoir, il ouvrait la piste l'air de rien et cela lui suffisait. De mon côté, j'exhibais un dossier très fourni et, disons, « scientifique », ce qui me permettait de conclure logiquement. J'ai compris un peu tard que la plupart des gens ne sont pas réceptifs à une investigation abstraite, mais qu'ils suivent allègrement un bavardage bien conduit. « Il faut s'écarter du discours magistral pour instaurer une sorte d'esprit de travail en commun auteur/lecteur, une interrogation commune… »

 

En fait, il ne voulait pas trouver ; il voulait chercher…

 

       « J'insiste bien, par amitié pure, sur mon sentiment, que dans nos travaux, il n'y a pas obligation de résultat mais simplement obligation de recherche. Le résultat arrivera à son heure. Celle-ci, d'ailleurs, approche manifestement, je vous l'accorde. Raison de plus pour ne pas se tromper, ce qui ne peut manquer de se produire si l'on transforme les questions OUVERTES en questions FERMEES auxquelles on veut donner une réponse stéréotypée… je vous confirme mon attachement au principe des questions OUVERTES afin de ne pas se couper des perspectives d'apport ou de modification en fonction de ce qui se dévoile ou émerge tout à coup. Ça n'empêche pas de privilégier telle ou telle hypothèse suivant les goûts ou les infos de chacun, bien sûr ! … Il ne s'agit pas de faire fi des idées que d'autres jugeraient farfelues, mais il est impératif –après examen sommaire- de les mettre sous le coude et d'attendre l'éventualité qu'elles donnent quelque chose. Il ne faut être prisonnier de rien ! »

 

Le blog de son dernier livre.